J’ai ouvert la porte de ta chambre, comme si j’allais t’y trouver.
Comme si, par un miracle, tu étais encore là, affalé sur ton grand lit, le regard malicieux, prêt à me lancer avec ce petit sourire en coin : « Eh oui, je me prélasse encore, maman… »
Pendant quelques secondes, tout est revenu : le bazar de ta chambre, ta décoration éclectique, ce joyeux chaos qui te présente tant.
J’ai presque cru t’apercevoir, t’entendre respirer, sentir ta présence… Puis la voix de ton petit frère m’a ramenée à la réalité. Ton petit frère… qui, dans six semaines, aura 19 ans.
Ton âge figé à jamais. Je voulais t’annoncer une nouvelle.
Bruno, ton ami – Nounours pour les intimes – va devenir papa.
Et aussitôt, les souvenirs m’ont ramenée à ce 9 juillet 2020… Cette journée où, avec Bruno, Mathéo, Largo et Paulo, nous étions au bord du Rhône à Lyon, à tenter d’oublier l’angoisse qui nous rongeait.
On riait, on faisait de l’humour sur ton futur fauteuil roulant, t’imaginant en train de faire la course contre des vélos avec ton enfant.
Le choix du parrain était même devenu une affaire sérieuse, une discussion animée qui s’était soldée par une bagarre entre Bruno et Paulo.
Finalement, avec Fany, on avait tranché pour toi : ce serait Largo.
Mais ces rires et cette légèreté, cachaient notre douleur.
On essayait désespérément de faire comme si tout était normal, alors que toi, à ce moment précis, tu étais en salle d’opération, en train d’affronter une épreuve que personne ne devrait avoir à vivre ; l’amputation de ta deuxième jambe !
Si la vie en avait décidé autrement, je suis certaine que Bruno t’aurait choisi comme parrain pour son enfant.
J’ai refermé la porte de ta chambre, laissant derrière moi ces souvenirs à la fois doux et cruels.
Mais cette fois, j’ai souri. Parce que la vie continue, même si elle le fait autrement que prévu.
Parce que ce 26 février, tu aurais eu 24 ans… mais pour moi, tu restes ce jeune homme de 19 ans, éternellement figé dans le temps.
Je t’aime, mon fils.
Maman.
